Sommaire
Introduction : La problématique énergétique
Première partie : LES ESPACES LIES A LA PROBLEMATIQUE ENERGETIQUE
I. L’ASEAN et les enjeux de l’intégration régionale
II. La Thaïlande et sa politique énergétique
III. Les atouts et les faiblesses en matière énergétique
Seconde partie : LES ACTEURS ET LEURS STRATEGIES D’ACTION
I. Lieu périphérique, lieu de résistance pacifique : l’opposition militante au projet de barrage à Pak Mun
II. Lieu périphérique, lieu de résistance violente : les acteurs du mouvement d’opposition au gazoduc
III. La place des associations : « moteurs » ou « promoteurs » du mouvement d’opposition
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Enjeux et limites
du développement du secteur énergétique en Thaïlande
L’exploitation des ressources naturelles en Thaïlande et leur gestion à long terme est un enjeu économique majeur. Le pays connaît depuis le début des années 1980 une accélération de son développement industriel qui se traduit par une hausse de la consommation d’électricité et d’hydrocarbures. Malgré une forte hausse de la production d’énergie, celle-ci reste en deçà de la demande et pour satisfaire les besoins réels du secteur industriel et des ménages, la Thaïlande était obligée, en 2002, d’importer plus de 50% de son énergie électrique. L’État est donc confronté à des impératifs commerciaux et budgétaires pour maintenir la croissance du secteur énergétique. Mais il apparaît, au regard des manifestations apparues notamment dans le Nord-Est et le Sud de la Thaïlande vers la fin des années 1990 dans des zones particulièrement fragiles au niveau économique, que les objectifs du gouvernement en matières de développement des infrastructures divergent sur certains points avec ceux des populations. Une question se pose et reste au centre de cet exposé : comment les populations locales parviennent à imposer –du moins à revendiquer fermement– leurs propres points de vue face à une structure publique encore très centralisée, l’Etat ?
Pour aborder les enjeux et les limites du développement énergétique de la Thaïlande, trois niveaux d’analyse ont été étudiés : le niveau régional à l’échelle de l’ASEAN, le niveau national avec les différentes politiques menées par les gouvernements thaïlandais depuis le début des années 1990 et enfin le niveau local qui souligne le rôle joué par les populations et les associations de plus en plus actives.
Une intégration régionale compromise : Au niveau régional, la question est de savoir quelle est l’ampleur de l’interdépendance des pays de la zone en matière énergétique. L’analyse de l’évolution des échanges entre les États membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est sur la décennie 1990 démontre que, contrairement à ses objectifs de coopération affichés, l’ASEAN n’est déterminante pour aucun des États membres au niveau du commerce extérieur. Les principaux États commerçants, tels Singapour, la Malaysie ou encore le Vietnam opèrent la majorité de leurs activités commerciales avec le Japon et la Chine. Sans réelle complémentarité du tissu industriel, peut-on parler d’intégration régionale ? Les Triangles de croissance et les différentes mesures en faveur des transferts technologiques intra-ASEAN ont montré leur limite. De même, si des partenariats pour le transport des hydrocarbures ont été mis en place, leurs effets sont loin d’être concluants. Conséquence d’un essor de l’industrie, les pays membres intensifient plutôt la prospection dans les eaux régionales (Mers de Java et des Célèbes, Golfe de Thaïlande, Mer des Andamans) afin de trouver de nouveaux champs gaziers ou pétroliers. L’enjeu est double : baisse des importations mais aussi du risque lié au transport des hydrocarbures, en provenance du Moyen-Orient principalement.
L’énergie est donc un secteur sensible et de plus en plus surveillé, tant par les média que par les organismes de contrôle. Répondre aux normes internationales en matière de sécurité dans le processus d’exploitation et de transformation, en matière de qualité et de respect de l’environnement est devenu un impératif pour les groupes industriels s’ils veulent être compétitifs et attirer les capitaux étrangers. Mais que ce soit en Thaïlande ou dans les autres pays de la région, les réformes économiques et budgétaires sont lentes à se mettre en place et le respect des règles internationales récentes apparaît comme une contrainte supplémentaire pour les PED.
Une politique opportuniste et à court terme : Pour limiter les importations d’énergie, le gouvernement thaïlandais entreprend d’optimiser l’utilisation de l’énergie pour faire des économies et d’accélérer l’exploitation de certaines ressources, le gaz naturel notamment. Les plans de développement successifs tentent de mettre l’accent sur un recul de la part des importations dans la consommation globale d’énergie afin de ne pas voir celle-là peser trop lourd dans le budget de l’Etat. Mais les statistiques montrent que, malgré une politique interventionniste dans ce secteur clé, le pays est de plus en plus dépendant de ses importations d’hydrocarbures : celles-ci représentent en 1999 environ la moitié de l’énergie consommée.
A ces résultats, s’ajoutent des difficultés sociales et financières auxquelles le gouvernement doit répondre le plus rapidement possible. Il s’agit, dans certaines mesures, de la méfiance des banques quant aux performances des PME/PMI et celle des salariés par rapport au projet de privatisation d’EGAT, l’entreprise publique d’électricité thaïlandaise, à la fois productrice et fournisseur sur l’ensemble du territoire.
De grandes disparités locales : L’étude géographique des différentes grandes régions de la Thaïlande permet de souligner d’importantes disparités en termes de ressources naturelles dont dépend la mise en valeur agricole et industrielle. Les caractéristiques naturelles de la plaine centrale, du plateau de Korat et de la péninsule malaise étant très différentes, apparaît alors nécessairement des déséquilibres dans la production et la répartition des richesses. Le niveau de consommation d’électricité par région est un indicateur révélateur : le Grand Bangkok pulvérise la moyenne nationale et concentre à lui seul la majeure partie de la production d’électricité. De plus, le revenu par habitant à Bangkok est dix fois supérieur à celui d’un habitant de la région du Nord-Est.
Face aux « performances » de la plaine centrale dominée par la capitale, les zones périphériques sont surtout caractérisées par leurs faiblesses géographiques : le Nord-Est ou plateau de Korat possède une terre acide et siliceuse où les inondations fréquentes ne favorisent pas la culture ; la péninsule malaise connaît une dégradation de ses côtes due à une exploitation intensive des bords de mers. Loin du cœur du royaume, le Sud est souvent perçu comme une région à part aux mœurs et coutumes très différentes.
La seconde partie du mémoire est une étude de deux cas où les intérêts des différents acteurs du développement énergétique s’entrechoquent voire, s’opposent. Il s’agit tout d’abord du gazoduc traversant les provinces de Songkhla et de Satun dans le Sud de la Thaïlande. Le deuxième cas concerne la construction d’un barrage et d’une centrale hydroélectrique dans le Nord-Est du pays, sur la rivière Mun, un affluent du Mékong. L’étude de ces deux cas permet de mettre en relief l’implication des acteurs privés, tels les entreprises, les organisations internationales mais aussi les ONG (organisations non-gouvernementales) thaïlandaises, dont le rôle ne cesse de grandir au sein de la société thaï.
Ainsi, paradoxalement, l’image d’une Thaïlande dynamique économiquement et promise à un développement rapide, contraste avec les assises traditionnelles de la société qui cherche à renouer avec sa propre culture. La réponse ou plutôt les tentatives d’explication se trouvent dans les faits survenus mais aussi dans les données implicites, liées à l’histoire collective et individuelle, à la culture et aux mœurs des Thaïs.
Caroline BRICAUD

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